Haltérophilie et dos : la fin d'une guerre...

La pratique régulière non intensive de l’haltérophilie est bénéfique pour la souplesse, le contrôle musculaire et la correction des déformations dans le plan sagittal de tout le dos. Elle est particulièrement intéressante chez l’adolescent raide, bréviligne, hypotonique en pleine croissance car elle fait appel aussi à la vitesse lors du passage sous la barre.

L’intérêt de ce sport en pratique loisir est plus dans l’exécution du mouvement que dans l’importance de la charge et ne présente donc aucun risque sur les cartilages de croissance. De plus, l’haltérophilie permet un renforcement important des membres inférieurs, partie du corps souvent faible chez les lombalgiques, qui jouent un rôle majeur pour soulager le travail du dos.

L’haltérophilie, sport olympique, s’exécute sur 2 mouvements :

• l’arraché (en 1 temps la barre est amenée au dessus de la tête) et

• l’épaulé-jeté (en 2 temps avec passage de la barre sur les épaules).

Le travail musculaire consiste à enchaîner une contraction dynamique des jambes puis du dos puis des bras. C’est une succession de sauts qui permet de monter la barre progressivement par étapes jusqu’à l’avoir au dessus de la tête, bras tendus, debout.

C’est un sport à catégories de poids de corps :

• 7 catégories de - 48 kg à + 75 kg chez les femmes et

• 8 catégories de - 56 kg à + 105 kg chez les hommes

N’importe qui peut donc pratiquer l’haltérophilie quelque soit son poids ou sa taille ou même son âge comme on le verra plus loin.

Positions de départ du mouvement d’arraché et d’épaulé-jeté où l’on voit un dos fixé empilé en rectitude complètement protégé et prêt à soutenir une lourde charge sans danger.(Athlète de -94kg à gauche et -48kg à droite)

L’haltérophilie se base surtout sur le travail des jambes avec un dos fixé et des bras relâchés en début de mouvement. La position de départ de l’arraché (voir ci-dessus) est tout à fait celle conseillée pour le port de charges lourdes dans les formations d’ergonomie pour les entreprises ou dans les hôpitaux à savoir rapprocher le plus possible la charge à porter, « creuser » les lombaires, pousser avec les jambes, etc. et ne présente donc aucun risque pour le dos.

Les pressions sont également réparties sur toute la surface du disque inter-vertébral à chaque étage et ce n’est donc certainement pas un sport à exclure quand on a mal au dos ou que l’on se tient voûté comme ça a été répété pendant des années, et même encore maintenant, sur divers posters, brochures et articles de conseils sur le sport et la santé où leurs auteurs parlent de choses qu’ils ne connaissent pas et se fient uniquement à ce que les médias leur montrent des compétitions internationales dans les grosses catégories, faisant beaucoup de tort à la pratique loisir en club.

Seuls les athlètes de haut niveau pratiquant 2 fois par jour l’haltérophilie, 6 jours sur 7 avec des charges importantes présentent des problèmes de dos mais c’est malheureusement aussi le cas dans beaucoup de sports et l’haltérophilie n’est pas plus dangereuse que d’autres sports si elle est enseignée par des formateurs compétents.

La position intermédiaire du mouvement d’arraché est, elle, particulièrement idéale pour la diminution de la lordose lombaire combinée simultanément à la diminution de la cyphose dorsale (voir ci-dessous). Le maintien actif de la tête et du regard horizontal en rentrant le menton au cours du mouvement participe aussi à la délordose cervicale. Maintenir cette position nécessite un gainage qui est particulièrement utile pour retonifier tous les muscles du rachis.


Position intermédiaire du mouvement d’arraché où la flexion maximum de hanche délordose les lombaires et l’élévation maximum des membres supérieurs décyphose les dorsales.

Tout une série d’exercices d’apprentissage est proposée dans les clubs d’haltérophilie affiliés par les formateurs diplômés fédéraux de la FFHMFAC (Fédération Française d’Haltérophilie Musculation Force Athlétique et Culturisme) pour arriver à cette position car elle demande de la souplesse, notamment au niveau des chevilles en flexion, des dorsales en décyphose et des épaules en élévation maximum (étirement des grands pectoraux ), zones souvent mises en causes dans les déformations du rachis au cours de la croissance.

L’apprentissage commence tout d’abord avec une simple barre en bois et une cale sous les talons par un travail du haut du corps à partir du bassin pour évoluer progressivement vers le mouvement complet avec une barre de 20 kg pour les hommes et 15 kg pour les femmes. Pour les plus jeunes (à partir de 8 ans), l’apprentissage de la technique seule est enseignée avec un simple manche en bois aussi puis avec des « baby-barres » de 12 kg jusqu’à ce que leur organisme soit assez résistant pour soutenir des charges plus importantes s’ils le désirent. Pour les plus âgés, jusqu’à 70 ans parfois, l’haltérophilie se pratique aussi puisqu’il existe même des championnats vétérans.

C’est un geste pur, noble, athlétique par définition, concernant autant les hommes que les femmes, procurant un grand plaisir de réalisation, accessible à tous après, bien entendu, obtention d’une attestation médicale de non contre-indication à la pratique du sport.

Contrairement aux apparences, c’est un sport très technique qui fait appel à un grande intelligence corporelle et à un effort de coordination important. Ce sport fait travailler toutes les articulations, renforce quasiment tous les muscles (un peu moins les pectoraux qui travaillent en isométrique), impose autant des mouvements lents (en début de mouvement jusqu’à ce que la barre arrive juste au dessus des genoux) que rapides (pour passer sous la barre une fois celle ci tractée au plus haut), nécessite une coordination parfaite et une somatognosie développée.

Ce sport est donc tout à fait adapté et même conseillé non seulement pour corriger une colonne vertébrale raide en pleine croissance mais aussi dans le cadre d’un apprentissage du port de charges lourdes chez les personnes lombalgiques.

Merci à Camille, Dahbia, Romuald, Alphonse et Vencelas